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Interview de Jokin Etcheverria : Immersion dans la mythologie basque avec “Irati” - le film médiéval fantastique de Paul Urkijo Alijo

Interview de Jokin Etcheverria : Immersion dans la mythologie basque avec “Irati” - le film médiéval fantastique de Paul Urkijo Alijo

Bonjour Jokin, quel a été le catalyseur qui vous a incité à vous lancer dans la coproduction et la distribution de films comme Irati ?

Je suis originaire de Saint Jean de Luz, j'ai fait mes études à Bordeaux puis j'ai vécu 10 ans à Bilbao où avec ma société J.O.K films, j'ai produit beaucoup de programmes pour la chaîne publique EITB, un programme de voyage, un magazine d'humour sur la culture underground, un programme de cuisine, salué à Cannes en 2015, et même une série courte de fiction vendue à des chaînes LGBTQ.
Ces activités de producteur et concepteur m'ont permis de créer plus tard La Fidèle Production au Pays Basque français, dans la baie de Saint Jean de Luz. Continuer à travailler avec le Pays Basque espagnol était une suite logique et l'opportunité de passer au grand écran. D'abord, j'ai fait de la production exécutive puis je me suis mis à coproduire des films, Les Sorcières d’Akelarre de Pablo Agüero, Nora de Lara Izagirre, En Bonne Compagnie de Silvia Munt...Au rythme de au moins un film par an depuis 2021. Il y eu un effet ricochet et les producteurs principaux du Pays Basque et même d'Espagne m’ont invité à participer à des films. Irati en fait partie. Il arbore de manière intelligente les grandes questions de la culture basque, et c'était une suite aussi aux Sorcières d'Akelarre de Agüero qui nous a fait connaître.

Comment avez-vous collaboré avec Paul Urkijo Alijo pour capturer l'essence de la mythologie basque dans Irati, et quel impact cela a-t-il eu sur le développement du projet ?

Je suis arrivé sur le film quand il était déjà très écrit, Paul Urkijo connaît très bien le Pays Basque et ses légendes, c'est un passionné. Il travaille sur le sujet depuis longtemps, sa vision était la bonne.

Le film Irati est autant une aventure épique qu'une réflexion sur notre rapport à la nature. Comment avez-vous abordé cet équilibre lors de la production ?

Le film a été filmé à la lumière naturelle à l'automne dans la majestueuse forêt d'Irati.
Un travail d'artisan hors pair, qui s'est fait souvent dans des conditions difficiles, en pleine forêt, dans des grottes très profondes, aux accès presque inaccessibles, ou pour le moins complexes pour une équipe de film de cette taille. Le secret a été de faire qu'un avec la Nature en quelque sorte, puis l'intensité du tournage, fait que l'aventure collective se transpose à l'écran, cet équilibre est donc né naturellement.

La visualisation des créatures mythologiques basques devait être une tâche complexe. Pouvez-vous décrire les défis artistiques et techniques que vous avez rencontrés pour les intégrer de manière authentique dans le film ?

Un gros travail de VFX a été réalisé, qui d'ailleurs a été salué au festival de Sitges en important le prix des meilleurs effets spéciaux. Puis Paul dessine, il vient des Beaux-Arts, il pense en image, je pense que ça facilite. Et puis il n'est pas à son coup d’essai, il a déjà su montrer sa créativité à l'heure de créer des personnages fantastiques, je pense à son précédent film, " le diable et le forgeron" (Errementari), un carton sur Netflix. Ce qui est appréciable pour moi dans Irati, c'est aussi la subtilité de la mise en scène, les créatures mythologiques débarquent en silence, et le spectateur les découvrent de manière presque intime, c'est ça la magie du film Irati.

Alors que Irati célèbre le patrimoine basque, quelle a été la réaction du public local et international, et comment cela influence-t-il votre stratégie de distribution ?

C'est une très bonne question, car l’accueil du public local, basque, est forcément différent que le public allemand, ou le film a été aussi distribué par exemple, et même le public français hors Pays Basque, qui connaît pas tous les pans de la culture et du patrimoine basque. Je pense que pour ma part, dénaturaliser le film ne sert à rien, il faut plutôt promouvoir le fait que l'on puisse voir un film fantastique en n'importe quelle langue, du moment qu'il est bon. Alors pour cela, je pense que la meilleure stratégie est de faire connaître le cinéma en langue basque, dans toutes ses différentes formes , qu'il s'agisse de thriller, de films historiques, sociétaux, etc., il y encore des idées reçues au sujet de la langue basque au cinéma, mais petit à petit on voit aussi les choses changer, et de nouveaux acteurs font leur entrée. La Fidèle Production a participé à ce développement, sans avoir peur d'échouer, on fait notre maximum pour être force de proposition, et être le mieux compris possible. Tout simplement. Puis le bilinguisme (voire même trilinguisme) qui nous définit, être à cheval entre plusieurs cultures, c’est porteur d'histoire ! J'aime à penser que nous sommes un rempart aux détracteurs d'une certaine idée européenne. Être basque, c'est être infiniment petit dans l'infiniment grand, c'est la meilleure des influences que l'on puisse avoir pour se démarquer, et travailler dans l'industrie créative.

Que signifiait le succès critique et public au Festival de Sitges pour vous et l'équipe au regard des efforts investis dans ce projet indépendant ?

Gagner des prix est toujours grisant, ça fait partie du métier, ce qui valide un film souvent. C'est sûr que gagner le prix du Public à Sitges à forcément fait parler du film. Mais Sitges est assez pointu, ça parle aux férus du genre pas au commun des mortels.

En tant que coproducteur d'un film s'inscrivant dans un contexte historique du VIIIe siècle, quels aspects culturels et historiques avez-vous trouvé cruciaux à préserver dans cette fusion de faits historiques et de mythes anciens ?

Le sujet du syncrétisme était important, car la société basque est passé des mythes anciens au christianisme, mais les traditions et les vieilles croyances, sont ancrées en nous, le film se fait un bel écho de cet aspect culturel. Le film est un "master piece " pour connaître les origines du royaume de Navarre aussi.

Pour plus d'informations : https://www.lafideleproduction.com/

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